C’est l’heure de ramasser les coquillages a dit maman. Comme tous les jours, à marée basse, on est tous venus sur la plage. Tout le monde cherche des coquillages avec un seau, ou un sac en plastique. Ils marchent, dans tous les sens. Ils ne se mouillent pas les pieds parce que, quand on cherche les coquillages, on met des chaussures, c’est maman qui le dit. Il y en a même qui enfilent les bottes, comme mon papy. Il y a toujours beaucoup de monde à ce moment-là sur la plage. Ils sont tous au même endroit. Je leur tourne le dos, je sais qu’ils sont là, avec les enfants et même leur chien. Je peux même vous dire que je les entends, mais ce qu’ils disent ne m’intéresse pas. Moi, j’ai les fesses qui trempent dans l’eau. Je me suis trouvé une chouette flaque, juste pour moi. Le sable se malaxe comme de la terre. Je creuse autour de moi, et la mer remplit le trou en même temps. C’est comme un petit bac où l’eau baigne mes jambes et mes fesses. Qu’est-ce que je suis bien. Maman m’a laissée là tout à l’heure. Elle est super maman : elle veut bien que je reste toute seule. Oh, je ne suis pas toute seule, évidemment, puisque mes parents ne sont jamais très loin. Mais avec mon bob qui me cache les yeux, je ne vois rien, seulement la mare d’eau de mer autour de moi et je crois que je suis toute seule.
La mer monte. Elle n’arrive pas vite ici. Le sable est tellement imbibé que je plonge ma main dedans. Trrrrououou. C’est doux. Je sens tous les petits grains qui glissent entre mes doigts. Frrrrrrr . Maintenant, j’ai de l’eau par-dessus les jambes. Mon T-shirt est tout mouillé, jusque sous les bras. J’avais pris ma pelle, mais je n’en ai pas besoin. Je préfère creuser avec mes mains. Le sable est mouvant. Il bouge. On dirait qu’il est vivant. On dirait qu’il veut s’enfuir au fur et à mesure que j’essaye de l’attraper. C’est très rigolo. Je suis presque complètement entourée d’eau maintenant. Je crois que je suis une navigatrice perdue au milieu de la mer. Ohé ! Ohé ! Non, je ne crie pas. Je pense seulement : « Ohé ! Ohé ! »Si je criais, on viendrait me chercher. Je ne veux pas partir tout de suite. Clap, clap, clap. Je tape la surface, j’agite mes doigts entre le sable et l’eau. Ça clapote, ça fait des bulles. Blebleble. Aïe ! Je cligne des yeux. Mon bob me protège du soleil, mais l’eau brille et elle m’éblouit. Bon, où est maman ? Il ne faut pas que j’oublie ma pelle. Hop je l’attrape juste avant qu’elle soit complètement noyée. « Maman ! Maman ! Attends-moi ! Oui, je cours. Attends-moi, j’arrive. » Oufff.
Septembre 2011, Danièle Chauvin,
Illustrations Carole Menahem-Lilin
Danièle
samedi 8 octobre 2011
vendredi 7 octobre 2011
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Les trottoirs étaient vides, mais ils n’étaient pas tristes. Les quartiers besogneux, dépeuplés les dimanches, respirent habituellement l'immobilisme, la solitude, une espèce de sentiment de fin, de néant. Mais, ici, la vie avait laissé son empreinte sur les murs de ces deux ateliers fermés. C’était comme si elle disait : « Je vous laisse un gardien des lieux, un ami qui vous tient compagnie les jours de solitude, une promesse de retour. »
Contraste. Lumières de soir et gris de pluie. Chaleur vibrante et vibration du graphe. Silhouettes animées et trompe l’œil Pop’art. Les rideaux métalliques baissés et les portes fermées restituaient la totalité des œuvres décoratives dans le calme de la rue déserte.
Mon regard hésitait à s’arrêter sur l’une plutôt que sur l’autre.
A ma gauche, l’incandescence d’un soleil couchant embrasait des immeubles dont les fenêtres éclairées répondaient au ciel par le même jaune d’or. De petits personnages, se détachant sur les carrés lumineux s’agitaient dans une conversation animée. On devinait dans cette fresque que la vie se poursuivait dans les appartements, au creux des foyers, que le bruit des conversations, des discussions plus ou moins futiles, plus ou moins violentes, avait reflué là quand il avait quitté la rue.
Je restais plantée au milieu de la chaussée, sans crainte d’être renversée par une voiture de livraison qui ne passerait pas avant le lendemain matin. J’imaginais les histoires de ces gens, leur trajet chaque jour pour se rendre au travail, et celui du retour jusqu’au seuil de la nuit. Vies laborieuses et pourtant nourries d’espoir, espoir d’une prochaine naissance ou d’une guérison, espoir d’une promotion ou d’un travail. Tout simplement espoir que la vie continue, un peu meilleure, un peu moins dure. Que demain sera peut-être un bon jour.
Le tagueur était-il l'un d'eux ?
J’ai fini par me détacher du crépuscule de la ville. Tournant le regard vers la droite, je me suis perdue alors dans les volutes grises, hyperboles gracieuses, mouvement vibratoire du camaïeu de gris. L’ondulation douce des lignes traversait le bâtiment, ou plutôt son rez-de-chaussée, comme les ondes légères provoquées à la surface d’une eau calme, par le choc délicat d’une feuille morte. Elle lui imprimait une nostalgie, comme une berceuse ancienne, une invitation au repos, à la sérénité, au départ dans le monde des nuits sereines rythmée par la douce ballade d'une pluie printanière, gage de récoltes abondantes.
Elle invitait à quitter le tumulte pour se laisser endormir au creux d'un rêve primitif. Je m'imaginais alors le petit, pas encore tout à fait enfant, percevant les remous de la vie, bien protégé au creux du ventre de sa mère. Là, tous ses sens déjà en éveil pouvaient recevoir en douceur les manifestations de l'agitation humaine, sans en ressentir pourtant la violence. Le filtre maternel transformait le vrombissement des moteurs en ronronnement, la cacophonie des altercations en mélodie, le tumulte de la foule en murmure.
Le tagueur était-il encore cet enfant ?
Danièle Chauvin, septembre 2011. Photo de Carole Menahem-Lilin. Autres photos de la série sur "Les rues de Carole" (Tribu des artistes)
Contraste. Lumières de soir et gris de pluie. Chaleur vibrante et vibration du graphe. Silhouettes animées et trompe l’œil Pop’art. Les rideaux métalliques baissés et les portes fermées restituaient la totalité des œuvres décoratives dans le calme de la rue déserte.
Mon regard hésitait à s’arrêter sur l’une plutôt que sur l’autre.
A ma gauche, l’incandescence d’un soleil couchant embrasait des immeubles dont les fenêtres éclairées répondaient au ciel par le même jaune d’or. De petits personnages, se détachant sur les carrés lumineux s’agitaient dans une conversation animée. On devinait dans cette fresque que la vie se poursuivait dans les appartements, au creux des foyers, que le bruit des conversations, des discussions plus ou moins futiles, plus ou moins violentes, avait reflué là quand il avait quitté la rue.
Je restais plantée au milieu de la chaussée, sans crainte d’être renversée par une voiture de livraison qui ne passerait pas avant le lendemain matin. J’imaginais les histoires de ces gens, leur trajet chaque jour pour se rendre au travail, et celui du retour jusqu’au seuil de la nuit. Vies laborieuses et pourtant nourries d’espoir, espoir d’une prochaine naissance ou d’une guérison, espoir d’une promotion ou d’un travail. Tout simplement espoir que la vie continue, un peu meilleure, un peu moins dure. Que demain sera peut-être un bon jour.
Le tagueur était-il l'un d'eux ?
J’ai fini par me détacher du crépuscule de la ville. Tournant le regard vers la droite, je me suis perdue alors dans les volutes grises, hyperboles gracieuses, mouvement vibratoire du camaïeu de gris. L’ondulation douce des lignes traversait le bâtiment, ou plutôt son rez-de-chaussée, comme les ondes légères provoquées à la surface d’une eau calme, par le choc délicat d’une feuille morte. Elle lui imprimait une nostalgie, comme une berceuse ancienne, une invitation au repos, à la sérénité, au départ dans le monde des nuits sereines rythmée par la douce ballade d'une pluie printanière, gage de récoltes abondantes.
Elle invitait à quitter le tumulte pour se laisser endormir au creux d'un rêve primitif. Je m'imaginais alors le petit, pas encore tout à fait enfant, percevant les remous de la vie, bien protégé au creux du ventre de sa mère. Là, tous ses sens déjà en éveil pouvaient recevoir en douceur les manifestations de l'agitation humaine, sans en ressentir pourtant la violence. Le filtre maternel transformait le vrombissement des moteurs en ronronnement, la cacophonie des altercations en mélodie, le tumulte de la foule en murmure.
Le tagueur était-il encore cet enfant ?
Danièle Chauvin, septembre 2011. Photo de Carole Menahem-Lilin. Autres photos de la série sur "Les rues de Carole" (Tribu des artistes)
mercredi 2 mars 2011
Mensonge d’écume le matelot
Mensonge d’écume le matelot, né sur le port, a embarqué jeune sur La Vagabonde. Loin de chez lui durant de longues périodes, il enchante les enfants et leurs parents quand La Vagabonde le leur ramène. Il leur raconte des histoires toutes plus merveilleuses les unes que les autres. Il est toujours très attendu car on sait que chaque voyage enrichit son répertoire.
Quand il se lance dans ses récits, son public traverse avec lui l’Océan, affronte les terribles tempêtes, s’éponge le front ruisselant de sueur sur les eaux tropicales, écope énergiquement le pont sous les rafales des averses d’hiver. Il rencontre des personnages extraordinaires dans des contrées étonnantes, où le soleil n’a pas la même couleur, où les forêts sont si denses qu’il y fait nuit, où la chaleur accable à tel point que les gens ne portent pas de vêtements et dansent pour faire venir la pluie.
Il parle aussi de pays où le froid règne toute l’année même si le soleil ne s’y éteint pas pendant six mois, où les pêcheurs brisent la glace pour lancer leur hameçon, où des montagnes gelées dérivent sur la mer, où la plupart des animaux sont blancs.
On ne sait jamais où la fiction se détache de la réalité. On voyage avec lui tout autour du Monde et du rêve. Sa parole est abondante. Chaque aventure en entraîne une autre et toutes jaillissent, s’élèvent, retombent et rebondissent
Quand il se lance dans ses récits, son public traverse avec lui l’Océan, affronte les terribles tempêtes, s’éponge le front ruisselant de sueur sur les eaux tropicales, écope énergiquement le pont sous les rafales des averses d’hiver. Il rencontre des personnages extraordinaires dans des contrées étonnantes, où le soleil n’a pas la même couleur, où les forêts sont si denses qu’il y fait nuit, où la chaleur accable à tel point que les gens ne portent pas de vêtements et dansent pour faire venir la pluie.
Il parle aussi de pays où le froid règne toute l’année même si le soleil ne s’y éteint pas pendant six mois, où les pêcheurs brisent la glace pour lancer leur hameçon, où des montagnes gelées dérivent sur la mer, où la plupart des animaux sont blancs.
On ne sait jamais où la fiction se détache de la réalité. On voyage avec lui tout autour du Monde et du rêve. Sa parole est abondante. Chaque aventure en entraîne une autre et toutes jaillissent, s’élèvent, retombent et rebondissent
comme l’écume à la crête des vagues.
Danièle
mardi 1 mars 2011
Rengaine
EIle remplit ma tête
Me donne la migraine
Saleté de rengaine
Je l'entends qui répète
En boucle
Égrène son couplet
En enfonce la graine
Et force ma mémoire
Oblige à fredonner
Sans cesse
En cercle
Tout autour de ma tête
Tell'ment que j'en ai marre
De l'entendre en miroir
Réfléchir sans fléchir
Mêmes mots, mêmes notes.
Je cherche l’antidote
Ôtez-moi cette scie
Silence
Elle investit la place
Ne laisse aucun espace
Pour entrer autre chose
Même rien, une pause
Un instant un moment
Que son chant lancinant
Usant
Arrêter, respirer
Est-ce trop demander
Mais elle se cramponne
Rien ne la déboulonne
Elle reste plantée
Butée
Et m'accompagnera
Ne se décrochera
Qu'enfin la nuit tombée
Hébétée sombrerai
Alors dans le repos
KO
Danièle
Me donne la migraine
Saleté de rengaine
Je l'entends qui répète
En boucle
Égrène son couplet
En enfonce la graine
Et force ma mémoire
Oblige à fredonner
Sans cesse
En cercle
Tout autour de ma tête
Tell'ment que j'en ai marre
De l'entendre en miroir
Réfléchir sans fléchir
Mêmes mots, mêmes notes.
Je cherche l’antidote
Ôtez-moi cette scie
Silence
Elle investit la place
Ne laisse aucun espace
Pour entrer autre chose
Même rien, une pause
Un instant un moment
Que son chant lancinant
Usant
Arrêter, respirer
Est-ce trop demander
Mais elle se cramponne
Rien ne la déboulonne
Elle reste plantée
Butée
Et m'accompagnera
Ne se décrochera
Qu'enfin la nuit tombée
Hébétée sombrerai
Alors dans le repos
KO
Danièle
mercredi 2 février 2011
La Chandeleur
Le 2 février, 40 jours après Noël, on célèbre la Chandeleur.
La Chandeleur constitue une fête chrétienne qui rappelle la présentation de Jésus au temple de Jérusalem et la purification de la Vierge.
La "fête des Chandelles" (festa candelarum), célèbre le renouveau de la nature, les souhaits de fortune et de bonheur. C'est en effet à la Chandeleur que les travailleurs de la terre reprenaient leur activité des champs après les rigueurs de l'hiver.
C'était également l'occasion de préparer des plats à base de farine, qui par leur forme ronde et leur couleur dorée, symboliseraient le soleil.
La Chandeleur constitue une fête chrétienne qui rappelle la présentation de Jésus au temple de Jérusalem et la purification de la Vierge.
La "fête des Chandelles" (festa candelarum), célèbre le renouveau de la nature, les souhaits de fortune et de bonheur. C'est en effet à la Chandeleur que les travailleurs de la terre reprenaient leur activité des champs après les rigueurs de l'hiver.
C'était également l'occasion de préparer des plats à base de farine, qui par leur forme ronde et leur couleur dorée, symboliseraient le soleil.
jeudi 21 octobre 2010
Autour de sa guitare
Autour de sa guitare, le musicien s’enroule. Frappe des pieds, hoche la tête, se dévisse le cou. Distorsion du son, distorsion du corps. La guitare rugit en dissonances graves. Elle s’élève au sommet des bras tendus au ciel. Les notes en jaillissent, étincelles stridentes. Danse et chante, guitariste. Enflamme-toi, enflamme-nous. Pousse-nous jusqu’au bout de notre émotion vive. Résonne ta musique, rythme notre cadence. Vibrent tes cordes, vibre ton rock. Tes accords montent, aussitôt redescendent.
Puis une note pure tinte, se déploie, s’allonge et, suspendue, attend, enfin s’amincit en un fil argenté et s’éteint. Soupir.
Enfin, fortissimo fracassant, s’écrase l’accord sombre, s’entremêlent les accents saturés. L’instrument et l’artiste, poursuivent leur dialogue et nous entraînent avec eux dans leur rêve fantastique. Soudain il s’agenouille aux pieds de sa maîtresse tandis qu’elle déverse sur lui son ruissellement majeur, syncopé. Nous sommes debout, battant des mains. Ils entendent nos voix, rehaussent encore la leur, rebondissent d’une corde sur l’autre. Il frémit, s’arque et hurle tandis qu’elle pleure ses derniers soupirs. Tout s’éteint.
Noir.
Silence.
Puis une note pure tinte, se déploie, s’allonge et, suspendue, attend, enfin s’amincit en un fil argenté et s’éteint. Soupir.
Enfin, fortissimo fracassant, s’écrase l’accord sombre, s’entremêlent les accents saturés. L’instrument et l’artiste, poursuivent leur dialogue et nous entraînent avec eux dans leur rêve fantastique. Soudain il s’agenouille aux pieds de sa maîtresse tandis qu’elle déverse sur lui son ruissellement majeur, syncopé. Nous sommes debout, battant des mains. Ils entendent nos voix, rehaussent encore la leur, rebondissent d’une corde sur l’autre. Il frémit, s’arque et hurle tandis qu’elle pleure ses derniers soupirs. Tout s’éteint.
Noir.
Silence.
mercredi 14 juillet 2010
Haïkus (Danièle)
Fleurs multicolores
S’offrent au soleil radieux
Enfin le printemps
Douces pluies longtemps
Abreuvent les jeunes pousses
Bourgeons duveteux
Veste légère remplace
Le gros manteau trop chaud
La terre se réveille
Petit bras tout rond
En robe de coton léger
Se tend vers l’écume
Nuage effilé
Suspendu dans la chaleur
Espoir de fraîcheur
Le jour chaud s’allonge
L’ombre enfin au pied des arbres
Retient les passants
Contre les murs blancs
Les vieux sur les bancs assis
Témoins de la vie
Danièle
S’offrent au soleil radieux
Enfin le printemps
Douces pluies longtemps
Abreuvent les jeunes pousses
Bourgeons duveteux
Veste légère remplace
Le gros manteau trop chaud
La terre se réveille
Petit bras tout rond
En robe de coton léger
Se tend vers l’écume
Nuage effilé
Suspendu dans la chaleur
Espoir de fraîcheur
Le jour chaud s’allonge
L’ombre enfin au pied des arbres
Retient les passants
Contre les murs blancs
Les vieux sur les bancs assis
Témoins de la vie
Danièle
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