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jeudi 3 octobre 2013

Brutus


 Toile de: Ivan Dmitriev
          La mâchoire inférieure se balance au rythme de ses pas, et les dents s’entrechoquent, en marquant la mesure de la Danse macabre.
  Clac-clac-clac-clac-clac, clac-clac-clac-clac-clac, clac-clac-clac-clac-clac, clac-clac-clac-clac-clac.
C’était, encore hier,  un beau bélier, gros et gras, prêt pour le régal des convives. Mais voilà, Brutus ne l’avait pas pris comme ça. Pas question de me faire manger par de gros goulus, moi, un bélier de la plus pure race. Comment une telle pensée avait osé leur traverser l’esprit se disait-il?  
Alors quoi faire ? Le mort. Bien mort. Si mort que les fourmis y ont cru. Etendu au pied de l’abricotier, les pattes en l’air, il avait attendu. Pas longtemps. Rameutées par une exploratrice aventurière, elles s’étaient rassemblées autour de lui. Elles avaient commencé à lui grimper dessus, sur le ventre, sur la tête, sur les pattes et dans les oreilles. Il entendait leurs réflexions : « Il est mort. » «  Non, je ne crois pas. » « Mais si, regarde, même ses paupières ne bougent plus. » « Attendez, je vais encore vérifier quelque chose. » La dernière à avoir parlé se glissa dans l’une de ses narines. Elle allait, venait, montait, descendait. Ses petites pattes lui chatouillaient la muqueuse. Il ne put se retenir : « A…a…atchhhouuum !!! »
La pauvre fourmi fut éjectée, mise sur orbite. Elle tourna trois fois autour du feuillage de l’abricotier. Puis le vent prit le relais et elle se mit à flotter au-dessus du jardin, puis passa devant les fenêtres de la ferme. Quand tout à coup, la fermière secoua son chiffon à poussière. Vlan ! Un grand coup sur notre fourmi. Paf ! Précipitée sur le sol, elle se redressa, ahurie, très énervée. Où était-elle ? Elle agita ses antennes pour les défroisser et  les dirigea sur le sol. Snif-snif-snif. Par où étaient passées ses copines ? Ah ! Les voilà. Elle tricota aussi vite que lui permettaient ses petites pattes, en suivant les phéromones de sa tribu. Elle ne mit pas tant de temps qu’on aurait pu le croire pour rejoindre le groupe des fourmis qui rentraient à la maison. « Eh ! Ne partez pas ! C’est trop fort ! Vous avez vu ce qu’il m’a fait ? Sus à l’ennemi ! A l’abordage ! » Et tous les insectes, comme une seule fourmi, reprirent l’escalade de sieur le bélier.
Ah non, se disait-il ? Ça ne va pas recommencer. Que me veulent ces bestioles ? Mais elles grimpent partout ! Pauvre de moi. J’ai beau me rouler par terre, elles s’accrochent. Allez, un petit sprint. Mais elles sont toujours là. Aïe-aïe-aïe. Elles s’attaquent à mes joues ! Et je les sens partout. Je commence à avoir froid. Voyons, à quoi ressemble mon ventre ? Eh ! Je n’ai plus que les os. Je vois mes côtes. Et mes pattes aussi sont squelettiques. Voilà que le vent passe à travers mon crâne, du trou d’une oreille au trou de l’autre oreille.
Brutus accéléra, galopa. Mais la rivière était loin. Quand ses pattes se posaient sur le sol, elles faisaient un drôle de bruit. Un bruit de castagnettes en folie. Il se sentait de moins en moins lourd. Il avait de plus en plus de mal à avancer. Son allure ralentissait. Il perdait ses muscles sous les mâchoires des carnassières. Cic-cric-cric faisaient les milliers de mandibules à l’œuvre.  Mais Brutus ne les entendait pas car ses oreilles avaient disparu. Les fourmis continuaient, inlassables, leur nettoyage, sans se soucier du tangage ni du roulis, trop occupées à grignoter méticuleusement tout ce qui était comestible.
Enfin, Brutus arriva à la rivière. Dans un dernier effort, il se jeta dans l’eau. Toutes les fourmis, surprises, lâchèrent brusquement prise et se retrouvèrent à flotter comme un petit nuage que le ciel aurait laissé tomber là par étourderie. Le courant les emportait, petites pointes noires piquées à la surface de l’onde.
Brutus remonta sur la berge. Il se retourna et se pencha sur la rive pour essayer de voir son reflet. Il vit un drôle de crâne de bélier qui le regardait et qui n’avait pas l’air très malin avec ses gros yeux qui roulaient éperdument au fond de leurs orbites. Brutus se demanda qui était ce farfelu. Avait-on idée de se balader ainsi, sans poil. A poil.  Il mit un certain temps à admettre que ce monstre, c’était lui ! Plus le moindre petit morceau de chair sur ses os. Et ces yeux fous, qui tentaient d’apercevoir ce qui se passait à l’extérieur de leur carapace, qu’ils étaient moches. Tout cela était absolument ridicule. Et même si le ridicule ne tue pas, Brutus se prit à désespérer de son sort.
Tout à coup, il remarqua que ses cornes s’élevaient toujours fièrement au-dessus de son crâne. Cette vision le rasséréna et il se dit que l’honneur était sauf.
Alors, il se redressa et, dignement, s’éloigna de la rivière.
Clac-clac-clac-clac-clac, clac-clac-clac-clac-clac, Clac-clac-clac-clac-clac Clac-clac-clac-clac-clac. Quelle joyeuse Danse macabre !

Danièle


mardi 28 mai 2013

LOIN DE CHANDIGAHR de Tarun Tejpal




Un jeune homme n'éprouve plus aucune attirance pour sa femme alors qu'ils ont vécu un amour passionnel et torride.
Lui est écrivain raté, journaleux...

A l'occasion de leur installation dans une maison de montagne, ils découvrent une grande quantité de carnets manuscrits...

Ce récit est le prétexte à une grande fresque de l'Inde à travers ses paysages, son climat, son histoire, sa politique. Tarun Tejpal nous fait rencontrer quelques personnages hauts en couleurs et il nous décrit leur façon très personnelle de s'adapter à la vie telle qu'elle se manifeste à eux.

L'auteur en profite aussi pour quelques aphorismes, illustrations de la sagesse orientale.

Peu d'action, beaucoup d'observation, mais narration envoûtante, comme l'Inde elle-même.

jeudi 18 avril 2013

Lecture coup de coeur: Paper money de Ken Follet



Scandale politique, délit d'initié et banditisme de base sont réunis ici dans un mélange détonnant sous les yeux des rédacteurs de l'Evening Post qui se demandent s'ils auront toutes les confirmations nécessaires avant l'édition de ce soir.
Construction rigoureuse, nombreux personnages, suspens à tous les niveaux et épilogue inattendu.
Excellente traduction. 
On se surprend à suivre les péripéties de tous ces voyous minables avec intérêt. Comment se peut-ce? Mais ça, c'est le secret de Ken Follet.  

mardi 16 avril 2013

Printemps

Premier jour en bord de mer. Magie du renouveau. Ciel infini où les oiseaux jouent à monter jusqu'au firmament. Les enfants trop longtemps emprisonnés au fond des maisons explorent de leurs cris l'espace illimité de la plage. Le soleil, de ses rayons légers, réveille ma peau engourdie par l'hiver. Les mouettes criardes se laissent porter par les courants d'air tandis que le ressac borde le sable de son écume mousseuse. 
Oui, il est bien arrivé, ce printemps désiré de longs mois, chargé de nos projets de sorties, de barbecue, de soirées entre amis, de vacances au soleil, de bains joyeux dans le mouvement des vagues ou dans l'eau fraîche des rivières. Tout reverdit, tout pousse, les fleurs colorent gaiement les talus, les prés et les jardins, les oiseaux nichent au creux des arbres redevenus abris de feuillage. La vie renaît.


dimanche 14 avril 2013

Lecture coup de cœur : UN PETIT BOULOT de Iain Levison

UN PETIT BOULOT de Iain Levison

Ou: comment survivre dans l'Amérique en crise.
Réponse:en devenant quelqu'un qu'on n'imaginait pas pouvoir exister, même dans ses rêves les plus loufoques. Et cela donne un autre regard sur la vie et peut-être pas le meilleur...
Roman alerte à la première personne.
Cynisme réjouissant et optimisme inébranlable.

mercredi 6 mars 2013

TAGS

Nouveau recueil intitulé LES TAGS DE MA RUE publié sur wobook.com:
http://www.wobook.com/WB3V1Fd7WY6h/Daniele-Chauvin/Les-tags-de-ma-rue.html

mardi 26 février 2013

Points de vue

Publication d'un recueil de nouvelles intitulé POINTS DE VUE sur le site wobook.com
Adresse du recueil:
http://www.wobook.com/WB3V1Fd7UO0j/Daniele-Chauvin/Points-de-vue.html